La gauche française a-t-elle renoncé à penser et à changer le monde?

La gauche française se prépare pour l’élection présidentielle. Les équipes se constituent, et chaque capitaine dévoile son pré-programme. Parmi les sujets évoqués, il est frappant de constater que les enjeux internationaux sont mis de côté, à l’exception du changement climatique.

Si bien entendu, ce sujet est majeur pour notre monde d’aujourd’hui et nécessite un engagement fort et immédiat, l’actualité internationale ne peut se réduire au dérèglement climatique. Penser le changement climatique pourrait même être moteur d’une analyse sur les inégalités mondiales, sur le développement international souhaité par la gauche.

La gauche française enferme ses réflexions essentiellement dans un cadre européen, faisant fi des bouleversements qui traversent les continents.

Algérie, Hong Kong, Liban, Chili: avant la crise sanitaire, le monde a connu une dynamique commune de contestation sociale et de revendication politique.

Or, si le cadre européen est à ce jour le plus propice pour construire une perspective de prospérité, il ne répond pas à tous les enjeux, même pour les Européens que nous sommes.

D’abord parce que ce cadre d’échanges et de construction de solutions est restreint aux anciennes puissances coloniales et leurs amis. Or, il ne s’agit pas de devenir le nouveau chef du monde, mais une puissance politique capable d’être une force motrice dans un monde multipolaire. L’internationalisme de la gauche française ne s’est jamais limité à penser les relations entre espaces géographiques et politiques mais à penser l’émancipation de chacun et un ordre social juste. Aussi penser les relations internationales à travers un seul cadre institutionnel revient à limiter sa vision à l’outil et non à son idéal.  

Si l’on ajoute à cela les divergences fortes entre les opinions publiques des différents pays membres, ce choix revient à remettre à plus tard le fait pour la gauche d’être acteur et penseur du monde dans sa complexité.  

Avant la crise sanitaire, le monde a connu une dynamique commune de contestation sociale et de revendication politique. Du Hirak algérien aux manifestations hong-kongaise, des mobilisations chiliennes aux protestations thaïlandaises, de la volonté des Libanais à renverser un système archaïque au soulèvement des populations irakiennes, ou encore de l’Équateur à la Guinée, nombreux sont les mouvements à l’œuvre aux quatre coins de la planète. 

Partout, dans des mouvements de colère spontanée, des citoyens qui n’ont rien en commun ont investi l’espace public. Sans organisation formelle, sans leaders, ces mobilisations frappent par les enjeux soulevés.

Partout les populations exigent de peser sur la direction de leur pays, remettent en question des choix qui jusqu’ici s’imposaient comme une fatalité dans un unanimisme effrayant. Qui pouvait croire les Libanais capables de vouloir se rassembler au-delà des identités communautaires contre leurs dirigeants? Qui a vu venir le mouvement du Hirak algérien?  

Ces mobilisations qui se sont toutes tenues dans un même moment politique ont été stoppées net par la crise sanitaire. Mais la prise de conscience des peuples va mûrir, et leur mobilisation retrouvera d’autres formes, puisque les États n’ont pas apporté de réponses. 

Faudra-t-il attendre une accélération de la crise migratoire pour qu’en Europe on se souvienne que les ¾ de la planète souffrent?

Quel est ce monde où des dirigeants peuvent mettre en œuvre des politiques génocidaires sans que les réactions soient purement de forme? Quel est ce monde ou chaque jour 25.000 personnes meurent de faim? Quel est ce monde où on pense la relance à l’échelle de la planète dans un beau salon rassemblant uniquement les 7 pays les plus riches? Quel est ce monde ou deux anciens prix Nobel de la paix sont complices de génocide? Quel est ce monde où on reproduit de décennies en décennies des programmes d’assistances humanitaires dans des pays dont la chute vers le chaos paraît inéluctable? Quel est ce monde où l’aide publique au développement des pays riches n’atteint toujours pas 1% de leur PIB pendant que les besoins humanitaires explosent partout sur la planète?   

Ce monde, c’est celui qui fait l’éloge de la compétition économique violente et sans limite. Cette compétition est génératrice de recul social et de dérèglement climatique. La gauche française continue de vouloir apporter des réponses essentiellement à l’échelle nationale ou européenne. La gauche française doit prouver qu’elle fera différemment demain. Alors comment repenser le monde? Avec qui? Dans quel cadre agir?  

Il ne s’agit pas de créer une énième internationale, mais d’inventer, sous une forme différente, les cadres d’échanges et de mobilisations citoyennes. C’est son rôle et sa vocation.

Être de gauche c’est être révolté. En révolte contre les inégalités et les injustices. Être de gauche c’est être en colère. En colère contre l’ordre établi. Être de gauche c’est penser des solutions à long terme, qui apportent tout de suite une réponse aux souffrances des plus fragiles et des plus vulnérables.  

Agir local, penser global. Voilà le chemin qu’il faut reprendre. Sans exclusive. Avec toutes celles et tous ceux qui veulent changer le monde. Avec toutes celles et tous ceux qui veulent répondre aux urgences climatiques et sociales. La mondialisation libérale, est un projet qui porte en elle le repli sur soi et sème le conflit pour les générations futures.

Imaginer le monde, pour qu’il prenne le chemin de la prospérité au profit de tous. Voilà comment nous devons poser notre réflexion. Ensuite nous pourrons déterminer notre orientation à l’échelle européenne et nationale. Réfléchir ainsi, c’est construire les alliances de demain pour créer une dynamique positive. Faire l’inverse, c’est avoir une vision à court terme, qui ne répond pas aux tentations de repli sur soi, et qui bien entendu ne remet pas en question les inégalités.

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