« Ne visitez pas l’Exposition coloniale » : le manifeste du groupe des surréalistes en 1931

Au début des années 1930, rares sont les intellectuels et artistes à s’élever contre le colonialisme. Le groupe des surréalistes, emmené par Aragon, Breton ou Eluard, en fait partie. « Le Monde » reproduit leur tract distribué peu avant l’ouverture de l’Exposition de Vincennes.

[« Le tour du monde en un jour » : tel est le slogan de l’Exposition coloniale qui s’ouvre, le 6 mai 1931, à la Porte Dorée, sous les auspices du président de la République, Gaston Doumergue, et du maréchal Lyautey, commissaire général de l’exposition. Malgré des soulèvements dans le Rif marocain (1925-26) ou en Indochine, l’empire colonial français est à son apogée. Et c’est bien cette puissance – notamment économique en pleine crise après le krack de 1929 – qu’entend promouvoir le gouvernement afin de « donner aux Français conscience de leur empire », ainsi que le souligne Paul Reynaud, ministre des colonies, dans son discours d’inauguration.

Si quelques voix s’élèvent à gauche pour fustiger les festivités qui dureront six mois, elles laissent surtout entendre les divisions entre les socialistes, tel Léon Blum, qui dans “Le Populaire” dénonce les violences commises, sans condamner ouvertement le colonialisme ; et le Parti communiste qui propose à Paris une contre-exposition intitulée « La Vérité sur les colonies ». Pour sa part, le groupe des surréalistes rédige un tract invitant à boycotter l’exposition située au bois de Vincennes. Son message ne sera guère suivi puisque 8 millions de visiteurs viendront s’instruire et baguenauder entre les villages indigènes, les échoppes artisanales et les temples asiatiques reconstitués, dont celui d’Angkor Vat.]

Tract. A la veille du 1er mai 1931 et à l’avant-veille de l’inauguration de l’Exposition coloniale, l’étudiant indo-chinois Tao est enlevé par la police française. Chiappe [préfet de police de 1927 à 1934], pour l’atteindre, utilise le faux et la lettre anonyme. On apprend, au bout du temps nécessaire à parer à toute agitation, que cette arrestation, donnée pour préventive, n’est que le prélude d’un refoulement sur l’Indo-Chine (*). Le crime de Tao ? Etre membre du Parti communiste, lequel n’est aucunement un parti illégal en France, et s’être permis jadis de manifester devant l’Elysée contre l’exécution de quarante Annamites.

L’opinion mondiale s’est émue en vain du sort des deux condamnés à mort Sacco et Vanzetti. Tao, livré à l’arbitraire de la justice militaire et de la justice des mandarins, nous n’avons plus aucune garantie pour sa vie. Ce joli lever de rideau était bien celui qu’il fallait, en 1931, à l’Exposition de Vincennes.

source Le Monde

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