« Le Mouvement », de Thomas C. Holt : un regard sur les luttes afro-américaines

L’historien américain propose sa lecture du mouvement des droits civiques, dont il a été un militant dans les années 1960, dans un livre bref et percutant.

Un soir de 1944, la grand-mère de Thomas C. Holt refusa de changer de place dans le bus. A Danville (Virginie), comme dans tout le Sud des Etats-Unis, les premières rangées étaient alors interdites aux « colored ». Il faudrait encore attendre une décennie pour qu’un tel refus ne débouche pas seulement sur une brève altercation avec le chauffeur, mais sur un immense mouvement social, avec celui de Rosa Parks (1913-2005) à Montgomery (Alabama) en 1955.

C’est pour comprendre l’articulation entre de pareils actes d’individus ordinaires et un changement historique à grande échelle que le professeur émérite de l’université de Chicago, ancien président de l’American Historical Association, a choisi d’ouvrir son nouveau livre par cette histoire. Aujourd’hui âgé de 78 ans, c’est aussi, sans doute, une façon pour lui d’entremêler ses souvenirs familiaux ainsi que ses expériences personnelles, en tant que militant au début des années 1960, avec un regard analytique porté sur les luttes politiques et sociales qui ont fini par ébranler la ségrégation raciale dans la période 1955-1965.Lire aussi (2019) : « Les Noirs de Philadelphie » : le livre qui pose W. E. B. Du Bois en fondateur oublié de la sociologie américaine

Il en résulte un ouvrage bref, percutant, convaincant dans sa restitution de ces dynamiques. Pas tellement sur le plan narratif : des lecteurs peu familiers du XIXe siècle américain pourront avoir du mal à se repérer dans le tableau assez fragmentaire qui y est d’abord dressé des discriminations raciales et de leur construction dans la moyenne durée, avant et après la guerre de Sécession (1861-1865). Le mouvement des droits civiques lui-même fait davantage l’objet d’une approche géographique, de Nashville à Chicago en passant par le delta du Mississippi, que d’un récit suivi. Mais la valeur du livre réside avant tout dans le regard porté sur son arrière-plan social.

Une génération d’activistes

Pour qu’une Rosa Parks puisse par son geste déclencher un an de boycott local des bus, il fallait qu’il y eût une classe moyenne noire, urbaine, assez éloignée du monde sommairement inégalitaire de la plantation rurale pour tenir, dans le temps, ce défi à l’ordre établi. Pour qu’un Martin Luther King (1929-1968) émerge comme jeune porte-parole de la contestation, il fallait qu’un réseau d’universités accessibles aux Noirs se fût structuré, et se montre à même de former une génération d’activistes devenus comme lui pasteurs, mais aussi avocats ou journalistes. Et pour que les sit-in et manifestations de la communauté noire se transforment en avancées juridiques, il était aussi nécessaire de nouer des alliances susceptibles d’influencer l’opinion nationale et les dirigeants.

source Le Monde (La suite est réservée aux abonnés).

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