Un an après le meurtre de George Floyd, l’égalité raciale reste à conquérir aux Etats-Unis

Analyse. 

Lors des funérailles de George Floyd, un Afro-Américain mort étouffé, le 25 mai 2020, sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis (Minnesota), le pasteur Al Sharpton, vétéran de la lutte pour les droits civiques, avait déjà déclaré : « Tu as changé le monde, George. » La victime, âgée de 46 ans, aurait pu s’ajouter à la liste des « hommes noirs non armés tués par la police chaque année » − environ 250 aux Etats-Unis. Mais ses neuf minutes d’agonie, filmées par une passante, ont en effet semblé changer, sinon le monde, au moins une certaine vision que l’Amérique a d’elle-même.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Mort de George Floyd : l’Amérique « soulagée » par un verdict historique

Impossible, devant le calme de Derek Chauvin – le policier reconnu coupable de meurtre le 20 avril –, devant son insouciance manifeste à être filmé, de soutenir qu’un contexte quelconque pourrait justifier cette cruauté ; impossible d’y voir autre chose qu’un agent qui pense faire correctement son travail. Cette apparente normalité a fait voler en éclats l’argumentaire de la « bavure » isolée, et avec lui la croyance dans l’histoire américaine d’un « arc tendant vers la justice », selon la formule du pasteur Martin Luther King.

« Démanteler la suprématie blanche »

Quatre ans après l’enterrement du rêve postracial d’Obama« le “racisme systémique” est tout d’un coup devenu une expression à la mode aux Etats-Unis », résume l’historienne Elizabeth Hinton, autrice d’America on Fire (« l’Amérique en feu », Liveright, 2021, non traduit). Dans les mois qui ont suivi le meurtre de George Floyd, plus de 8 000 manifestations antiracistes ont eu lieu, rassemblant quelque 26 millions d’Américains : le mouvement social le plus important de l’histoire des Etats-Unis, composé d’une foule bien plus diverse qu’à l’époque du mouvement pour les droits civiques.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Les marques en campagne derrière George Floyd

S’il s’est agi de reconsidérer ce que c’est qu’être afro-américain cent cinquante ans après la fin de l’esclavage, il a aussi été question, de façon plus inédite, de réfléchir à ce que c’est qu’être blanc. Ces questionnements ont propulsé deux essais, Fragilité blanche. Ce racisme que les Blancs ne voient pas (Les Arènes, 2020)de la sociologue américaine Robin DiAngelo, et Comment devenir antiraciste, de l’historien américain Ibram X. Kendi (Alisio, 2020), en tête des ventes pendant des mois.

source Le Monde

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