Pourquoi les pauvres votent-ils à droite ?

Dans « Clivages politiques et Inégalités sociales », dirigé par Amory Gethin, Clara Martinez-Toledano et Thomas Piketty, une vingtaine de chercheurs se sont penchés sur la progression des partis nationalistes et des leaders populistes auprès des classes populaires.

Livre. 

Pourquoi les partis de gauche, qui prônent plus de redistribution, ne profitent-ils pas électoralement de la forte montée des inégalités que connaissent, depuis quarante ans, les pays démocratiques ? Du Royaume-Uni à l’Inde en passant par les Etats-Unis, la Turquie, la France, le Brésil, ce sont, au contraire, les partis nationalistes, les leaders populistes de droite et d’extrême droite, qui progressent d’élection en élection et parviennent même parfois au pouvoir.

C’est ce paradoxe qu’une vingtaine de chercheurs ont essayé d’expliquer en examinant à la loupe les panels des sondages post-électoraux dans cinquante pays de 1948 à 2020, concernant 500 élections au total. Les informations recueillies sur les personnes interrogées sur leur vote (âge, sexe, revenu, catégorie socioprofessionnelle, diplôme, origine, religion…) permettent, d’une part, de déterminer les corrélations respectives des facteurs socio-économiques (« classistes », disent les auteurs) et, d’autre part, les facteurs « identitaires » (origine, religion, âge, sexe) dans le choix politique.

Les chercheurs ont observé que si, jusque dans les années 1980, les électeurs de faible niveau d’éducation et de revenus votaient majoritairement à gauche et ceux de haut niveau d’éducation et de revenus votaient à droite, ce clivage de classe s’est modifié progressivement. Le choix politique des élites s’est partagé entre les personnes à haut niveau d’éducation, qui votent de plus en plus à gauche, et les personnes à haut niveau de revenu ou de patrimoine, en particulier dans les déciles les plus élevés, qui continuent de voter à droite.

source le Monde

6 réflexions au sujet de « Pourquoi les pauvres votent-ils à droite ? »

  1. En bonne théorie, l’électeur vote en fonction des intérêts économiques qui sont liés à sa position sociale. Dans Pourquoi les pauvres votent à droite, le journaliste américain Thomas Frank s’est attelé à comprendre pourquoi, en fait, tout ne se passe pas comme prévu. Sa minutieuse enquête porte sur son État natal – le Kansas – et montre comment ce fief démocrate est devenu, en quelques décennies, le théâtre d’une supercherie politique qui a mené les républicains au pouvoir. Au Kansas, les conservateurs ont en effet conquis un électorat majoritaire fait de travailleurs modestes, de petits commerçants, de paysans et d’ouvriers d’usine. L’alliance est surprenante car ces mêmes conservateurs encouragent précisément les mesures de dérégulation économique qui ne font qu’accroître le chômage des villes et creuser les inégalités entre riches et pauvres. Comment expliquer que les classes populaires du Kansas « exigent davantage de mesures du type de celles qui ont causé leur ruine ? », s’est demandé T. Frank. La rhétorique populiste des républicains est parvenue à transformer toute forme de lutte des classes en une guerre culturelle opposant des Américains « authentiques », pauvres et conservateurs, à des démocrates libéraux et urbains, cultivés et en général plus aisés. Cette enquête montre une lucidité aussi remarquable qu’inquiétante. Alors que l’espace public américain résonne encore des accents d’une panique morale qui fait obstacle à des mesures sociales salutaires, c’est tout un champ de lutte économique et politique qui, pendant ce temps, est laissé à l’abandon. Si d’aventure, les habitants du Kansas démasquaient les vrais responsables de la dégradation de leur quotidien, vers qui pourraient-ils désormais se tourner ? À bien des égards, cette enquête publiée en 2004 aux États-Unis (What’s Wrong with Kansas), est aujourd’hui reçue comme annonciatrice de la montée de l’opinion conservatrice qui affecte aujourd’hui l’Europe. Clémence Nasr

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    1. c’est intéressant mais il m’est difficile de répondre sur le Kansas et la supercherie républicaine. Toutefois je me permets de douter d’un tel scénario en comparant la situation du Kansas et celle de la France avec le glissement d’une partie des classes populaires des partis traditionnels de gauche vers le Rassemblement National (ex-Front) .
      Ce glissement ne s’est pas produit à cause d’un discours du RN adapté aux classes populaires, d’une supercherie, mais tout simplement, si j’ose dire , à cause d’une trahison des élites (qui comme chacun sait sont en France les phares de la gauche) et des partis « de gauche ».
      Ces partis et ces élites se sont ralliés à la cause mondialiste et à l’économie de marché et les classes populaires autochtones se sont senties trahies et ont donc été chercher à l’extrême droite ce qu’elles ne trouvaient plus dans les partis de gauche. Les classes populaires « importées » ont été nettement plus sensibles au clientélisme de gauche et sont restées plus ou moins fidèles en attente de l’émergence de partis confessionnels répondant mieux à leurs attentes.
      On pourrait aussi, au passage, s’interroger sur la pertinence du classement à l’extrême droite d’un parti comme le RN mais ça ne sera pas nécessaire pour ce simple post.

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  2. On pourrait aussi penser que les personnes de faible niveau d’éducation et d’enseignement sont (ou seraient?) plus perméables à la propagande primaire et aux simplismes extrêmes, pas uniquement de droite, d’ailleurs. Chez moi en Wallonie, c’est plutôt l’extrême gauche qui ramasse.

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    1. Merci André pour ce commentaire. Votre remarque tient la route.
      On peut aussi penser que cela a pour origine les déceptions à répétition qu’ils ont connu avec les partis plus au centre de l’échiquier politique, dits partis traditionnels.
      Bonne journée
      Gérard

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