Sexualité : on ne se désire plus, et alors ?

Plus envie de son partenaire ? On aurait tort de tout mettre sur le dos du Covid-19, assure la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette, qui nous explique pourquoi et nous invite à prendre des permissions, plus ou moins radicales, avec la monogamie.

Depuis un an, on a frénétiquement accusé la pandémie de Covid-19 d’avoir atomisé notre désir : impossible de rencontrer de nouveaux partenaires, impossible aussi de désirer un partenaire habituel devenu colocataire-collègue-coparent. Pourtant, on aurait tort de tout mettre sur le dos du virus. La moitié des messages que vous me faites parvenir, chers lecteurs, concerne le désir − ne plus en ressentir en soi-même, ne plus en percevoir de la part de votre conjoint/e. Et ça ne date pas d’hier.

Notre libido est-elle en crise ? Si oui, cette crise est permanente. Personne ne la décrit mieux que l’autrice Belinda Cannone, dans son Petit Eloge du désir publié en 2013 (collection « Folio », Gallimard) : « Les magazines féminins et les sociologues de tout poil ne cessent d’expliquer comment relancer un désir qui s’est usé  ce que, si nous sommes honnêtes, nous savons tous être impossible : désir mort ne revivra jamais durablement et, du reste, qu’il se dissipe n’est pas une maladie qui se guérirait mais sa condition naturelle. »Lire l’entretien : « L’amour est bouleversé par la nouvelle place du désir dans nos existences »

Cette condition naturelle nous déçoit. Pourtant, nous ne pouvons pas indéfiniment redécouvrir la roue. Par quel miracle nous autres humains du troisième millénaire, qui ne supportons pas de manger deux fois de suite des sushis, désirerions-nous avec une parfaite curiosité non seulement la même personne, mais la même interaction sexuelle − à quelques acrobaties, à quelques rubans de dentelle près ?

Disparition du désir multifactorielle

Nous sommes au courant. Nos parents, nos grands-parents, nos amis, nos auteurs préférés nous ont prévenus, en utilisant un langage parfaitement clair. Si le mariage est le « plus beau jour de notre vie », c’est qu’ensuite elle sera moins belle. Si nous « enterrons » nos vies de jeunes hommes et de jeunes filles, c’est que notre vocabulaire oppose le mariage et la vitalité (quelle émotion pourrait nous faire nous sentir plus vivants que l’élan érotique ? Peut-être le saut à l’élastique − mais ça dure moins longtemps). Les enfants finiront de casser notre libido : plus de la moitié des femmes disent que leur sexualité est moins satisfaisante depuis qu’elles ont procréé, selon une enquête de 2017.

Cette disparition du désir est multifactorielle. Il y a bien sûr des causes physiques : la ménopause, l’élévation de la prolactine (chez les femmes qui allaitent), la prise de contraception (certaines femmes en témoignent − mais le sujet est toujours débattu chez les scientifiques), le déclin de la testostérone (pour certains hommes)… Le psychisme n’est lui-même pas en reste. Pour le psychosexologue Sébastien Landry, le stress et les distractions encombrent un imaginaire érotique qui s’étiole. La faute, aussi, à nos habitudes masturbatoires : « Plus un individu consomme de pornographie, plus il rend son cerveau fainéant. Il n’y a plus de travail psychique à effectuer et la libido chute petit à petit » (Le Désir sexuel, éditions In Press, 156 pages, septembre 2020).

source Le Monde

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