« Les leçons de Joe Biden à la gauche française »

Le message du président des Etats-Unis aux travailleurs d’Amazon devrait être entendu par tous ceux qui veulent éviter à la France de passer par la case Marine Le Pen, avertit Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ».

Chronique.

 « Likée » plus de 60 000 fois sur Twitter, cette vidéo-là de Joe Biden est passée inaperçue en Europe et c’est dommage. Aussi serein que Donald Trump pouvait paraître violent, le président américain a lancé, le 1er mars, un encouragement aux travailleurs à « mieux se faire entendre » en se syndiquant. Un « tract » de deux minutes et vingt secondes très explicite : « Il ne doit y avoir ni intimidation, ni contrainte, ni menace (…). Chaque travailleur doit être libre d’adhérer à un syndicat. C’est votre droit, pas celui de votre employeur. Aucun employeur ne peut vous le retirer. »

Sans nommer Amazon, mais dans une référence limpide à la bataille alors en cours pour la création d’un syndicat dans l’entrepôt géant de la firme à Bessemer (Alabama), M. Biden délivrait un message percutant qu’on imagine mal un président français, fût-il de gauche, articuler ainsi : « Le choix d’adhérer à un syndicat appartient aux travailleurs. Point final. »

L’enjeu était immense. Amazon, fondé par Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, ne tolère aucun syndicat dans ses 800 entrepôts américains. Ses 500 000 salariés en font le deuxième plus gros employeur des Etats-Unis. L’« intimidation » et les « menaces », ceux qui ont cherché à s’organiser contre les « cadences infernales » chez Amazon y ont goûté.

A Bessemer, la firme a déployé les grands moyens pour influencer le vote sur la création d’un syndicat. Menace de licenciements en cas de syndicalisation, pluie de SMS et de mails exhortant à voter « non », affichettes de propagande jusque dans les toilettes, feux de circulation modifiés à la sortie du parking pour empêcher le contact avec les militants, etc.Lire le reportage : Chez Amazon, un combat syndical qui peut changer les Etats-Unis

Pour l’heure, Amazon a gagné la partie. Ni les efforts du syndicat du commerce RWDSU ni les fortes paroles de Joe Biden n’ont suffi à convaincre les 5 800 salariés d’Amazon Alabama. Ils n’ont été que 738 (contre 1 798) à plébisciter le projet de création d’un syndicat. Perdue, la bataille de Bessemer n’en a pas moins pris une dimension de symbole, aux Etats-Unis et bien au-delà.

Volonté de tourner la page

Le Covid-19 a fait exploser les activités et les profits d’Amazon. La firme emploie 1,2 million de personnes dans le monde, avec une progression de 50 % en un an. Le confinement a renforcé sa popularité aux Etats-Unis. Mais la pandémie a en même temps pesé sur les conditions de travail et fait prendre conscience aux salariés du caractère crucial de leur activité et de leur force collective.

source Le Monde

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